l’envol de la parole

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Catégorie: terre en rive du monde

Antonio Placer

con harinos de dios y del diablo yo hago el pan de mis canciones
… guidons les pas de la dame blanche vers l’eau, le sel et le levain. Pétrissons ce festin avec les ombres de la nuit. Sculptons nos ennuis dans cette masse qui s’agrippe à nos bras comme un enfant perdu . Laissons-la bien fermenter pour que pousse très doucement le miracle qui se cache dans son dedans. Elle profitait du répit pour soigner toutes ses blessures, en buvant des canons de gnôle. A l’aube de la cuisson elle crachait dans le four, un mélange d’eau de vie et de salive, en lui disant : ” accueille mon esprit, cher feu, et sculpte le dans la croûte de l’alimentà naître . Qu’ un peu de ma vie s’incarne dans la chair sa mie . Ainsi soit-il .”
“Mamie, c’est dégoutant ! “ah mon Antonio Ricardo … On est peu de chose , tu sais… Dieu n’a eu besoin, pendant les sept jours de la création , que d’insuffler un minuscule soupçon de son haleine sur la matière, pour la rendre vivante . Moi qui ne suis personne, je dois cracher de toutes mes forces sur les braises, pour que le mystère de la cuisson, comme il faut, puisse s’accomplir. Un signe de croix proclamait la fin des hostilités.

© Antonio Placer

voir le site : www.antonioplacer.com harapomd2.jpg

carla ferro , poète(esse) du Cap Vert

maison de la poesie de Namur

Sur les bords des volcans où j’ai fait mon jardin

Ce matin l’Afrique en rognures
Mes rêves en plasmas coagulés
Je maudis
les hommes de glace
des temples cupides
Et je meurs de soif
sur les bords des volcans
En feu,
Mes os
S’effacent et meurent
Poussières de sable
d’un passé moite
Verdoyant
En boue
Écrasées par des grues
Je vous hais.
Vous.

Et vos frères!

Et je pleure
Mes enfants affamés
Mes toits colorés
Dessinés en henné
Sur les mains calleuses
Dans la cale moisie
D’un navire
Espoir criblé de balles
Souillé
De départs et de sang
arrosent
Des cimetières en prières
étendues
En une poignée de main.
Et je rêve
Du vent
Qui sème
L’Amour.
Sur les bords des volcans
Où j’ai fait mon jardin.

Ramon Dachs

la terra encisa el cel
trenant capricis d’aigua
amb els mugrons glaçats

l’aurora es mostra
ardent i seductora
cortesana oriental

encavalcant a l’horitzó
l’erreció solar
a tota brida

les fulles es gronxen
abstretes
en trèmul murmuri
suspeses
per l’halit terrestre

llavis
beuen
llavis

llum celeste
mar ingràvid
de puresa

(ramon Dachs, poemes mímins; éd. Proa)

le catalan instille une luminosité
un espace
voir le monde comme lumière vaste
étale
les éléments majestueux entrecroisent la couleur
opale
simple son du mot
dans l’espace signifiant
redonne au regard sa pensée
méditerranée
proche des toujours
le visage de mer atteint au ciel
et mélange
espace
ampleur
où l’humain navigue
le sourire observant la danse
traçant son orbite
bleue

Amélia Nene

Le cheveu

J’ai vu un long cheveu
Près d’une fontaine
Un cheveu qui a conservé
L’éclat d’une vie intense
Il m’a transmis par une caresse
Le message d’une femme
Belle pleine d’envie de vivre
Mais trop tôt disparue
Pour avoir voulu connaître
Le monde des songes
D’où l’on ne revient jamais.

femme malheureuse

Pleure
Pour que se ferme
cette plaie d’argent
Réjouis toi
Qu’elle ne soit
Fleuve de sang
Qui ronge et tue
En laissant une bouche amère

voix dans l’ombre

La terre frémit
Le voile s’ouvre se referme
Les ténèbres se cherchent
se rapprochent
Toutes les voix
Se sont tues
Seuls persistent
Le ciel la terre l’esprit
et les rires qu’étouffent
les murs.

(Amélia Nene, Fleurs de vie, éd. Présence africaine)

Amélia Nene, poète congolaise, épouse du poète Jean Baptiste Tati Loutard , figure sertie dans le métal le plus pur, épouse, mère, militante , poète méditative, devant le drame de l’existence , j’aime la concision du chant profond murmuré comme une mélodie , noire , emprunt de tristesse mais ayant atteint la rive de celle qui sait.

Tanella Boni

tanella Boni, ta peau est fenêtre d’avenir

Tannella Boni est philosophe et poète , native de Cote d’ivoire elle témoigne contre la guerre et cherche à redonner vie et fierté à l’afrique son continent. elle est une grande voix et me rappelle en cela cette admirable cinéaste sénégalaise Safi Faye ( “mossane”) qui veut célébrer les beautés de son continent. Tanella Boni fait partie de ses artistes africains qui prennent à bras le corps les problèmes et les beautés, la spécificité de l’être africain;

ode à la beauté de la femme noire sempiternelle , en un mot à une humanité retrouvée qui puisse enfin vivre en amont d’elle même.

les nuages du jour lacèrent
les paroles du coeur

le ciel est toile en flammes
palmes et lueurs fenêtres et mitraillettes
inattendues

les nuages du jours voilent paupières
et ruelles du monde

afin que le rêve prenne la relève
près de l’ombre infinie
qui calcine ta peau

… mais ta peau ne dort pas
à l’ombre des maux du monde

ta peau est fenêtre d’avenir
vers un lointain futur dont tu traces les lignes
avec la fine pointe de tes yeux

et tu parles encore du monde
et tu dis terre ô terre habitable
sans frontières à fleur de peau humaine

…je continue d’offrir ma peau en partage
au soleil à la mer au vent qui vient
à la pluie inattendue
ma peau sans couleur parce qu’elle est couleur
sans qualité couleur tout court

ma peau qui va si bien à toute toile
à tout poème à toute parole

comme étincelles d’espoir
dans la nuits de vos mots assassins

comme un gant comme une main
à tout faire à tout dire à respirer la vie

une main de souffle
afin que les yeux du monde
ouvrent une petite fenêtre
sur les limites du monde

cette fenêtre sans nom
sur les rives de mon rêve
qui commence à peine à dire ton nom

demain…

…l’ombre te dit viens me voir cette nuit
sur les rives des étoiles que je poursuis
à longueur de vie

viens me voir toutes les nuits
où tu ouvres voie au silence

… la bas dernière frontière
pour réunifier l’humanité en miettes

j’ai besoin de toi pour la franchir
sans la peur gisant au creux de l’arme fatale
des yeux de l’autre

… je rêve l’espoir aux yeux de femmes
au coeur de tempête aux oreilles de coquillages
l’espoir
à l’écoute des bruits ténus du lointain horizon
qui ne pointe pas encore le nez

…. car je serai la dernière femme
dessinée à fleur de peau la dernière femme
espoir sans café sans cacao
trésor de guerre depuis des siècles

je serai la dernière femme
née du rêve de l’ombre
libérant l’étincelle
dans l’attente de demain

…. je cherche mon regard pour demain
et je ne sais de quel coté du ciel ou de la mer
la terre mienne renaîtra de ses cendres

( T.Boni , ma peau est fenêtre d’avenir ,éd.rumeur des âges)

déesse mère du tassili ou tout simplement portrait d’une femme exemplaire

La déesse mère , intitulée la femme assise , période bovidienne , station de Séfar , peinture rupestre du tassili , sahara
quoi de plus beau !

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