l’envol de la parole

Just another WordPress.com weblog

Catégorie: francophonie

langues

…les langues multipliées multiplient les imaginaires . En passant à l’acte d’écriture on en déstocke le trop-plein en restituant une bibliothèque d’histoires, d’énigmes et de rébus. A la parole spontanée se superpose la parole invisible, on passe du conscient à l’inconscient en dérivant de la langue au langage. on donne aux mots une deuxième dimenssion, élaborée inconsciemment à partir de sédiments, … sables, graviers limons en  proportions inégales selon le parcours de chaque vie dans des territoires inconnus .

…le vagabondage au milieu de syllabes qui changent de sens dès qu’elles changent de ton ou d’accent me projeterai sur une longue route aux multiples déviations … Ma palanche serait alourdie de mots agencés à la manière fantaisiste de colporteurs qui proposeraient le soja avec du sirop de sucre parfumé au gimgembre, le manioc bouilli avec une poignée de bonbons à la banane confite  Des mots inégaux qui mettraient en déséquilibre les paniers au bout de la palanche . Des mots pour tomber à la renverse et pour marcher à reculons en broyant du noir aux cotés des âmes errantes, déambulatrices de l’autre monde, amputées de langage ou de sons et dotées seulement du don de hantise. Des mots à avaler, mâcher ou croquer en déambulant en compagnie de tous ceux qui s’agiteraient autours de moi, seuls ou en famille, souvent chargés eux mêmes de lourds fardeaux : canards vivants, arbres à cames, arbrisseaux, pianos à queue, bouquets de nénuphars équeutés.

anna MoÏ ( esperanto desespérento)

Jacques Rabemananjara

…”Je te reconnais entre cent, entre deux,
Je te reconnais entre mille à ton clin de cil prémonitoire.


Mais j’en ai marre, moi, marre jusqu’à la nausée
du clinquant et des fards sur les joues philistines
de la tare encombrant les ailes des narines
marre
de la virginité technique de l’ombilic et marque de fausseté
marre du cauchemard en forme d’hippocampe au bout des
boulevards.


ce ne fut que péché pubère, intrusion dans l’outremont,
le plongeon du nageur parmi les nacres des grands fonds.

Le coeur est resté comme un vol d’hirondelle au ras des vagues
matinales
et l’entaille dont j’ai griffé la poitrine de l’interdit
s’est mise à la couleur belle de ta nativité.


dans la courbe des longs sourcils
j’ai appris à l’apprivoiser, le vif hiéroglyphe,
qui d’un coup de paraphe a garanti pour nous les pages blanches
du bonheur.

Car ta beauté, charme impair,
ta beauté
la nudité du corps rythmique du printemps,
la nudité de l’âme offerte à l’appétit phallique du soleil.

C’est le cri du réveil d’entre les pierres lourdes de cent millions
de morts
brusquement arrachés à l’hypnose des âges,
la reprise à midi du refrain de l’aurore
pourqu’à l’ouïr
un sursaut vertébral s’empare à même du sol identitaire.

En toi tout est symbole, harmonie et synthèse,
point d’orgue et joint subtil de toute chose,
de mes entrailles pourpres comme des lèvres de volcans,
visible
invisible
ayant reçu comme toi-même en legs le monopole immémorial
du lourd dépot du capricorne.

Je te reconnaîtrais entre mille entre millions au seul pli du lamba
jaculatoire
sur le saillant de tes épaules,
la voile de mon boutre obsédé du retour au pays d’origine,
la retombée d’un bras
subite oasis d’ambre où rampe entre deux bonds le plus fauve de
mes désirs.

O semence ! O mystère ! O germination cosmique de la graine !
accord parfait des reins en râle !
et Toi fécondité
des ventres tout à coup graves comme la mort et doux de la
douceur de la paupière des pintades.

Mais quel esprit divin nous illumine, nous, les nouveaux
mystagogues.


Happés nous sommes happés broyés nous sommes broyés
engloutis sans appel dans le vagin vermeil des triples telluries….”

(Jacques Rabemananjara, oeuvres complètes poésie, Présence africaine)

comme j’aime ce grand poète malgache que michel Leiris dans “zèbrage” d’un coup de sublime indicateur des ailleurs en parole m’a indiqué , traçant en cela un chemin ,
ce texte “Lamba” mon préféré, fait pénétrer dans une poétique de la vérité profonde de l’être , se révolte contre le grand désidentiteur qui brade tout l’humain au marché aux puces du recyclage,
Le grand Césaire fera de même ,
brêche ouverte, le surréalisme en Europe , car je pense à tout ce mouvement de redécouverte de soi qu’ont eus les slaves , aussi bien en poésie qu’en musique qu’en être , sublime reconquête non achevée aujourd’hui , tragédie de notre Europe aux franges dont je suis, réticente à l’assimilation des grands flux impériaux raseurs de mondes apaisés et des vallées cachées,
réaction à l’horreur de la guerre et à ce grand monde vorace qui engloutit tout sur lui même, le surréalisme l’apprit aux colonisés, frères, eux aussi victimes de la violence éradicatoire, arrachés de la profondeur constitutive , comme un vieux masque sculpté à l’être en racines aggripantes aux cotes des morts, fibres de l’appartenance, retrouvèrent dans l’ appel aux rêves des profondeurs de l’inconscient, transe de l’homme moderne et pont jeté sur la disparition en gouffre du mythe,
eux y virent ce retour salvateur des laves si profondes , combustion de l’être comme un kérosène premier,
le mythe en appelle à la langue dans le souffle et le rythme, raccroche à la densité, à la vérité,
si l’on y pense bien, l’ère de la consommation et de la production industrielle, odieux mots, clament la victoire de l’insignifiant, de la disparition du soi, insupportable à l’homme perdu qui porté par le flot du mot , oralité retrouvée au sein du livre, de nouveau vivant et libre au sein de la langue invocatoire , devient parole , redevient parole ployante au vent de la trace de l’être .

un livre consacré aux auteurs conduits par césaire, nous le fait comprendre , et je m’accroche à la suite, en plein accord, idée soudée à mon imperceptible obscur préssentiment, inséparable de mon être au monde, exil, sublime sens de l’attachement , (Derouin, à suivre, entre exil et enracinement nécessaire,; moi un enracinement vers son horizon…)
voila ce que dit la notice du livre , L’écriture Et Le Sacré – Senghor, Césaire, Glissant, Chamoiseau Collectif Universite Paul Valery ,

et qui m’éclaire :

” Ce livre prolonge et approfondit les Collectifs Un autre Senghor (1999) et Sony Labou Tansi, le sens du désordre (2001) publiés dans la même collection de l’Axe francophone et méditerranéen du Centre d’étude du XXe siècle. Réunir des écrivains africains et antillais dans un même livre, c’est prendre au sérieux ce que Patrick Chamoiseau a souvent affirmé : il y a, entre eux, à la fois d’incontestables filiations en même temps que des problématiques culturelles et des poétiques très différentes. Le thème de l’écriture et du sacré permet de bien comprendre ces ressemblances et ces variations. Un premier contraste, classique, oppose Senghor à Césaire, le poète nostalgique du mythe et de l’épopée à celui des arrachements et des ruptures qui déchiffre le Sacré dans le coeur noir de la langue, dans les syncopes et les abruptions du rythme. Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau, quant à eux, s’ils ne renient pas l’héritage de la négritude, leur part africaine, comme ils disent, font face à un danger plus contemporain et, au fond, plus difficile à combattre : celui d’un tarissement possible de la diversalité du monde, d’un désenchantement (qui oeuvre au coeur même du symbolique et de la langue). L’écrivain retrouve alors une vocation fondamentalement romantique, dans une attention constante à la poïesis du monde et des mots : expérience d’un Sacré que l’oeuvre, sans cesse, réinvente, en une nouvelle alchimie rimbaldienne du Verbe.”

voila un peu quelques pistes qui me relient à ce grand écrivain malgache, essentiel,
car il recherche dans la chair même de la parole le sens du vrai , mutine à l’encontre de l’aliénant, clame la force irréductible du vrai et ouvre un espace poétique d’une sensualité ouverte à l’échelle cosmique ,
dépouillement de vie !….

tamirace Fakhoury


Le Liban vibrant au monde arabe tout de beauté
vient de paraitre un reccueil des écrivains libanais aux éditions “verticales” où la belle étrangère brille des feux de la poésie , libre et tentatrice, comme je l’aime.

francophonie

Jean Pierre Siméon et la francophonie

dans l’introduction à “ma peau est fenêtre d’avenir” , “JEAN PIERRE SIMEON dit de Tanella Boni :
L’invention de la langue et, à travers elle,des incertains secrets qui unissent les hommes sous le défilement incessant des ciels et des jours, telle est sans doute la première tâche du poète. Mais il faut préciser : la langue n’est pas un moyen, elle est bien davantage: un lieu, la demeure imprévue que se batie la conscience humaine, sa vrai résidence sur la terre. Voila qui fait l’idéale fraternité des poètes: leur engagement commun à élire dans la langue sa part réputée inhabitable, ses chambres closes, ses pièces interdites et ses fenêtres oubliées. Quand il ne s’agit pas comme c’est le cas le plus souvent, d’ouvrir des fenêtres et des portes où la langue est murée. Cette ouverture inespérée, ce bousculement des limites, ce réaménagement du lieu propre à la poésie, ils agissent doublement quand les poètes qui les opèrent sont eux même “étrangers dans la langue” . Langue alors refondée, régénérée par l’ailleurs.
… Si l’expression poésie française a un sens, ce ne peut être que dans la reconnaissance de cette appel d’air qu’elle provoque dans notre territoire mental, toujours menacé de confinement satisfait,. Oui, si la poésie est cet éloge de l’autre et de l’ailleurs dans la langue, nous avons tout intéret à prèter l’oreille à ces paroles des lointains qui offrent aux français une profondeur et un accent , au sens propre , inouïs.”

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.